Ariadne,
6 ans de pratique de normalisation
Erik
Duval
Department
Computerwetenschappen, Katholieke Universiteit Leuven, Belgique
http://www.cs.kuleuven.ac.be/~erikd
Résumé
- Depuis
quelques années, des normes internationales sont en développement dans le domaine
des technologies éducatives. Des organisations telles que le IEEE
[1] , le CEN/ISSS [2] , l'ISO
[3] sont impliquées dans ce travail dont les premiers résultats sont
en train d'apparaître. Ces normes techniques sont basées sur le travail de recherche
et de développement des consortia comme ARIADNE
[4] , ADL [5] ,
AICC [6] , IMS
[7] et autres.

- Le
but général de la normalisation est de réaliser l’interopérabilité entre les composants
d’une infrastructure. Ceci rend possible l’application d’outils dans un contexte
autre (ou plus général) que prévu pendant le développement originel. Un exemple
de norme technique est le TCP/IP comme protocole de base pour le transfert des
paquets de données sur l’Internet. Un autre exemple est l’ensemble des protocoles
HTTP (HyperText Transfer Protocol), URL (Uniform Resource Locator) et HTML (HyperText
Mark-up Language) qui définissent le World-Wide Web en normalisant le protocole
pour la demande, l’identification et la structure des documents. Un AUTRE exemple
bien illustratif est la normalisation de la taille de papier en A4 (une norme
allemande DIN).
- Le
but de l’intéropérabilité paraît peut-être un peu abstrait et loin des besoins
immédiats des utilisateurs finaux. En fait, il est bien facile de montrer comment
ces utilisateurs peuvent profiter des effets de la normalisation.
- Tout
d’abord, l’intéropérabilité permet aux utilisateurs de ne pas s’enfermer dans
un système clos « propriétaire ».
- Ceci
est d’autant plus important parce que, dans le domaine du support technologique
pour l’apprentissage, il n’y a pas de solution universelle. Bien qu’il y ait maintenant
une histoire de la recherche de plusieurs décennies, on s’est surtout rendu compte
qu’on comprenait très mal ce qui se passait quand quelqu’un apprenait et comment
faciliter cet apprentissage avec des moyens techniques. La seule façon raisonnable
et pragmatique de déployer ces technologies pour le moment est donc de permettre
aux utilisateurs de composer leur propre environnement, en s’appuyant sur une
collection d’outils divers et intéropérables.
- La
normalisation est aussi indispensable pour créer une infrastructure technologique
de base avec pérenité. Dans le domaine des technologies éducatives, les
résultats des projets de recherche et de développement sont perdus terriblement
vite ; de la même façon, les évolutions techniques et scientifiques vont
tellement vite que les outils ne marchent plus quant arrive une nouvelle génération
de système d’exploitation, de protocoles de réseaux, etc. Cette situation rend
presque impossible tout impact réel sur la pratique de l’éducation et de l’apprentissage.
Les normes peuvent créer une certaine stabilité qui permettrait de commencer un
développement incrémental plutôt que de devoir re-développer tout le temps les
mêmes fonctionnalités.
- Il
faut aussi remarquer qu’une norme n’impose pas une implémentation. Du point de
vue des organisations commerciales, elle crée plutôt une opportunité de compétition.
Du point de vue des organisations orientées vers l’ « open source »,
la normalisation rend possible la collaboration sur une grande échelle. En fait,
une norme crée un contexte où l’on se met d’accord sur certains principes, pour
pouvoir collaborer (ou faire concurrence) sans que cela mène au chaos complet
où le droit du plus fort règne...
- Dans
le domaine des technologies éducatives, les travaux de normalisation les plus
avancés concernent les métadonnées pédagogiques. Le but principal de cette
normalisation est de faciliter la réutilisation, la production des documents pédagogiques
numériques étant difficile et laborieuse. Ces travaux de normalisation concernent
plus précisément le schéma, c’est-à-dire la structure des champs décrivant un
document pédagogique, ainsi que leurs définitions et leurs domaines (les valeurs
possibles en termes de vocabulaires, taxonomies, classifications et ontologies).
Ce schéma est défini dans la norme « Learning Object Metadata » ou LOM.
Elle est basée sur le travail initial du projet ARIADNE (devenu depuis Fondation
ARIADNE), qui avait proposé dès 1995 une recommandation pour des métadonnées pédagogiques.
L’année suivante, des outils d’indexation et de stockage (le Knowledge Pool ou
« vivier de connaissances ») avaient été développés, puis des premières
expérimentations avaient été menées afin de tester le partage et la réutilisation
des documents pédagogiques.
Dans
le travail de normalisation, les consortia, tels qu’ARIADNE, occupent un rôle
extrêmement important. Tout d’abord dans la phase préparatoire où ces organisations
réalisent le développement initial d’une spécification. Elles peuvent ensuite
développer des outils permettant d'expérimenter de façon pratique ces spécifications.
Quand la spécification a fait preuve d’une maturité et d'une viabilité suffisantes,
elle peut être proposée au sein d’une organisation accréditée telle que la IEEE
LTSC ou CEN/ISSS LTWS.
- Une
fois la spécification devenue norme (ce qui implique presque toujours qu’elle
soit modifiée et élargie), il est courant que les consortia définissent des « profils
d’application ». Ces profils leur permettent d'adapter la norme aux besoins
de leur communauté, tout en respectant les contraintes définies dans la norme
afin de conserver l’interopérabilité avec les autres communautés.
Dans
le cas de LOM, basé largement sur le travail original d’ARIADNE, on constate
aujourd'hui que cette organisation, mais aussi d'autres comme ADL, a défini son
propre profil d’application. Ceci a typiquement pour conséquence de rendre certains
éléments obligatoires, de restreindre les vocabulaires, ou encore d'imposer des
vocabulaires pour des éléments pour lesquels il était impossible d’établir un
consensus global au sein du LTSC. On constate même que certains de nos membres
raffinent le profil d’application ARIADNE à leurs besoins plus spécifiques.
Il
paraît aujourd'hui assez certain que la normalisation des technologies éducatives
progresse – même si cela ne se passe pas toujours à la vitesse que l’on pourrait
souhaiter. Néanmoins, il reste beaucoup à faire et de nombreuses questions importantes
restent ouvertes. - Tout
d’abord, il existe un besoin énorme d’informer la communauté concernée : les développeurs
d’outils, les décideurs, les auteurs de contenu, les chercheurs, les enseignants,
les apprenants, etc. Dans ce contexte, il est très important de bien gérer les
attentes…
- Sur
un plan plus général, il faut se demander ce qu'exactement il faut normaliser,
et dans quel ordre. Evidemment, ceci soulève des questions qui ne sont pas uniquement
techniques, mais qui comportent également des aspects politiques, légaux, pédagogiques,
etc.
- Il
faudrait se poser la question du but de la normalisation... Est-ce pour augmenter
la flexibilité des outils et des produits, ou pour faciliter la collaboration
entre les partenaires, y compris entre l’industrie et le monde académique, ou
pour commercialiser ou industrialiser l’éducation ?
Slides de la communication